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Articles de Domoina Ratovozanany

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CE QUE MADAGASCAR PEUT ESPÉRER EN 2016 - Nerves, 08 janvier 2016

Publié le 11 Janvier 2016 par Domoina Ratovozanany in Chronique Nerves 2016

Article original publié par l'agence de presse humanitaire française Nerves: http://www.nerves.eu/chronique-ce-que-madagascar-peut-esperer-en-2016/

Tandis que la cérémonie de présentation des vœux présidentiels a lieu ce 8 janvier au Palais d’Etat d’Iavoloha à Antananarivo, malgré la forte campagne de la société civile pour son annulation, la population malgache débute la nouvelle année dans un désespoir absolu.

Cinquième pays le plus pauvre du monde

Depuis le retour à l’ordre constitutionnel et la mise en place du régime actuel en janvier 2014, la situation économique et sociale de la Grande Ile empire chaque jour. Après deux années au pouvoir, le chef de l’Etat Hery Rajaonarimampianina n’a pu tenir aucune des promesses qu’il avait faites pendant sa campagne électorale, signe d’une incapacité politique, mais surtout, aux yeux de sa population, symbolique d’une mauvaise foi et d’un désintéressement total des intérêts nationaux et des besoins du peuple.

En 2014 et 2015, Madagascar est le 5ème pays le plus pauvre du monde selon le produit intérieur brut (PIB) par habitant attribué par le classement du Fonds monétaire international (FMI). Sur les 24,2 millions d’habitants que compte la Grande Ile, huit individus sur dix vivent en-dessous du seuil de pauvreté et mangent de manière précaire une ou deux fois par jour. D’après le Ministère malgache de la santé publique, 174 cas de peste ont été enregistrés et 63 personnes ont succombé à la peste depuis le mois d’août 2015.

L’impuissance flagrante des forces de l’ordre face aux « dahalo » qui sévissent dans le Sud depuis des années, l’affaire de kidnapping de deux enfants français à Toamasina depuis plusieurs semaines, les meurtres atroces qui secouent l’opinion publique, le délestage, la dévaluation de la monnaie nationale, le trafic de bois de rose, les menaces du changement climatique figurent encore parmi les autres grands problèmes auxquels fait face Madagascar.

La capitale urbaine devenue une jungle

Le retour au pays en 2014 de l’ancien président Marc Ravalomanana – qui s’était exilé en Afrique du Sud depuis son éviction en mars 2009 – avait ravivé un grand espoir dans les cœurs de la population malgache, notamment les Tananariviens (habitants d’Antananarivo, capitale économique et politique de Madagascar) qui ont élu son épouse Lalao Ravalomanana comme première femme maire de la ville en juillet 2015. Mais depuis sa prise de fonction en octobre 2015, l’ancienne Première Dame semble incapable de résoudre les innombrables problèmes d’Antananarivo.

Ainsi, la population tananarivienne respire quotidiennement une odeur immonde et les épidémies s’y répandent à grande vitesse à cause de l’accumulation des ordures et de la montée des eaux dans les bas quartiers durant la saison des pluies. Citons aussi les routes qui sont dans un état pitoyable et tous les trottoirs qui sont remplis de marchands ambulants, provoquant l’aggravation de l’insécurité, ainsi qu’une mauvaise gestion des transports qui provoquent des embouteillages monstre, à toute heure de la journée.

Besoin de réformes radicales

Face à ce tableau plus que sombre, de plus en plus de citoyens malgaches arborent une attitude défaitiste. Ne croyant plus à un développement socioéconomique de l’Ile Rouge, ils cherchent à s’exiler à l’étranger ou à exceller dans les activités illicites. Le développement de plusieurs pays africains, qui étaient beaucoup plus pauvres que Madagascar il y a quelques décennies et qui sont en voie de sortir de la pauvreté, et pour certains sur le point de devenir des pays émergents, prouve cependant que le développement est possible. Et qu’il ne se réalise pas en une ou deux années, a fortiori, pour les États sortant d’une longue crise politique et socioéconomique.

Souhaiter et espérer ne suffiront pas, le régime en place doit entreprendre un grand nombre de changements, dont certains devront être radicaux, sur tous les plans politiques, économiques, sociaux, culturels. De leur côté, les citoyens doivent également changer leurs attitudes et leurs comportements. Citons seulement le respect de toutes les lois en vigueur aussi bien par les gouvernants que par les gouvernés, entre autres celles qui sous-tendent les réformes pouvant contribuer au développement du pays. Ce serait un grand pas qui résoudrait beaucoup de problèmes socioéconomiques, apporterait d’importants changements positifs dans la vie quotidienne de la population et améliorerait grandement le climat politique et le climat d’investissement.

Domoina Ratovozanany
Présidente fondatrice de l’association Charité pour Madagascar (CHARMA) – Climate Tracker Fellow du réseau Global Call for Climate Action (GCCA) – Consultante en communication organisationnelle et médiatique

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